Publié le 12 avril 2011
L'image que véhiculent plusieurs responsables politiques est absolument effarante. Nos médias ont un rôle prépondérant à jouer dans la lutte contre cette "berlusconisation" de la vie politique belge. Une opinion de Samy SIDIS, Juriste, titulaire d'un Master en sciences politiques.
Le 18 mars dernier, le président du Parti socialiste s'offrait une petite trempette à l'occasion de l'inauguration d'une piscine montoise. Revenant sur ce non-événement dans une carte blanche intitulée "Le corps glorieux d'Elio" (sic) publiée dans "La Libre Belgique" du 4 avril, Nicolas Baygert, chercheur en communication, y voyait l'illustration d'une stratégie visant à permettre à Elio l'Ancien de contenir la montée en puissance d'une vague de jeunisme au sein du PS.
Ce type de stratégie semble surtout révéler un mal inquiétant pour notre démocratie : l'image, le look, "la com'", ont désormais remplacé le débat d'idées, le travail de proposition, la défense d'un projet cohérent. L'image que véhiculent plusieurs responsables politiques est absolument effarante. Le slip rouge fièrement arboré par le président du Parti Socialiste s'inscrit en effet dans une suite de coups médiatiques aussi saugrenus les uns que les autres, qui vont des nombreuses déclinaisons du concept (dépassé ?) du "tout le monde aime papa" au clip récemment réalisé par Fadila Laanan (et "Nounours").
Le PS n'est cependant pas le seul à s'inscrire dans une telle stratégie. Ainsi a-t-on pu voir, il y a quelques mois ou années, des personnalités de premier plan, tantôt incarner une mère de famille utilisant ses enfants comme faire-valoir, tantôt répondre à une interview où se mêlaient, pêle-mêle, un passé toxicomane et le port du pyjama Cette banalisation de la communication par l'image et le superficiel de certains responsables politiques a essentiellement deux effets. D'abord, elle permet de détourner la population des véritables problèmes auxquels elle est confrontée. Ainsi, peu de gens auront retenu que la piscine inaugurée par le bourgmestre de Mons aura été financée à hauteur de 19 millions d'euros par des fonds exclusivement publics.
De même, l'épisode de "Nounours" visitant le cabinet Laanan tend à faire oublier la politisation à outrance du secteur culturel ainsi que l'octroi d'importants subsides à des associations promouvant le communautarisme, tel le MRAX. Quant aux images de la mère de famille modèle ou du toxicomane repenti en pyjama, elles eurent pour résultat, tantôt de victimiser une personnalité partiellement responsable de l'échec de la coalition "Orange bleue", tantôt de dissimuler un programme politique qui, en promouvant le recours aux accommodements raisonnables, contribuait à faire le lit du repli du communautarisme.
Outre cette stratégie propice à l'infantilisation d'un électorat de moins en moins intéressé par le débat d'idées, cette véritable "berlusconisation" de la vie politique belge a pour conséquence de disqualifier celui ou celle qui ne rentrerait pas suffisamment dans le moule "people". Malheur à celui qui paraît "froid", "arrogant", "intelligent, mais trop sûr de lui". Voué aux gémonies, ses projets et déclarations seront invariablement accompagnés d'une série d'attaques ad hominem. A défaut d'argumenter sur le fond, on se focalisera sur la détérioration de son image. On ne s'étonnera dès lors pas que des slogans simplistes, tels que le désormais célèbre "bain de sang social" (dérisoire pour qui connaît l'état d'une Wallonie dominée depuis près de 25 ans par le PS), réussissent à faire mouche auprès d'une partie de l'électorat.
Nos médias, et notamment les médias audiovisuels, ont un rôle prépondérant à jouer dans la lutte contre cette "berlusconisation" de la vie politique belge. Prompts à dénoncer, souvent avec raison, la dégradation de la qualité du débat public en Italie, la "peoplisation" d'un Sarkozy bien éloigné de l'espoir qu'il incarna en 2007 ou encore les émissions d'"infotainment " du nord du pays (accusées d'avoir facilité l'émergence de l'extrême droite puis de la N-VA), il serait curieux qu'ils ne réagissent pas à cette lente détérioration de la vitalité démocratique de notre pays. C'est à eux qu'il revient de dénoncer ces dérives et à pointer du doigt les problèmes bien réels dissimulés derrière de tels écrans de fumée.
L'emprise de plus en plus importante de l'image dans nos sociétés contemporaines ne peut justifier à elle seule de réduire la vie politique à un concours de séduction dans lequel chaque citoyen serait réduit à désigner sa "Miss Bruxelles" ou son "Mister Wallonie". La démocratie belge a besoin de se renouveler. Elle a également, plus que jamais, besoin d'échanges d'idées, de projets de société alternatifs, de débats. Y compris autour de sujets qui, bien que réveillant les clivages, constituent les enjeux auxquels les futures générations devront faire face. En guise de conclusion à sa carte blanche précitée, Nicolas Baygert évoquait un "PS en pleine santé" s'exhibant "sans fard". Il y voyait la "preuve de son incontournabilité". Il serait utile de savoir si celle-ci résulte d'une adhésion au programme et à la gestion du PS ou à l'image de celui-ci. Au vu du désintérêt croissant de la population pour le débat politique, il est à craindre que ce soit la seconde option qui explique essentiellement le maintien d'intentions de vote et de scores aussi élevés malgré les nombreux scandales auxquels il a dû faire face ces dernières années.
La confrontation des idées et des opinions doit reprendre le pas sur l'image. La vitalité de notre démocratie est à ce prix. A défaut, la chape de plomb du politiquement correct qui accompagne cette anesthésie du débat engendrera une montée des extrêmes, dont l'ombre semble à nouveau planer aux quatre coins de l'Europe.
Samy SIDIS,
Juriste, titulaire d'un Master en sciences politiques,
Membre du comité local du MR d'Aiseau-Presles
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